Béatrice Bottet nous parle de son actualité : Le Grimoire au Rubis et Fille de la tempête.
Fille de la tempête raconte la légende celte de la ville d’Is. Qu’est-ce qui vous a poussée à revisiter ce mythe du point de vue de son héroïne, la princesse Dahut ?
Cette légende est parvenue jusqu’à nous par la tradition orale au travers deversions qui toutes ont donné de la princesse Dahut une vision très noire :cruelle et débauchée, elle attire, par son comportement immoral, le malheur sursa ville. En fait, cette vision n’est pas sans rapport avec la lutte d’influence quioppose l’Église chrétienne, laquelle s’établit en Bretagne par l’intermédiaire deses moines vers le Ve siècle de notre ère, et l’ancienne religion celte symbolisée par Dahut. Cette princesse est une femme libre, passionnée, qui aime les plaisirsde la vie. À une époque où l’Église est particulièrement misogyne, ce n’est pastolérable. J’ai sans aucun doute voulu la réhabiliter, mais surtout réécrire sonhistoire de façon poétique, romantique même.
Le Grimoire au rubis est un récit d’aventures qui se passe au XIIIe siècle, dans la France de Saint Louis : comment imbriquez-vous l’Histoire et la fiction ?
Pour ce qui est de l’Histoire, je travaille avec une énorme documentation pour donner à l’intrigue un cadre cohérent et vraisemblable, tout en sachant qu’il est impossible de tout gérer, de ne faire aucune erreur historique, de maîtriser le moindre détail. Je fais au mieux… Je trouve passionnant de dresser le cadre historique dans lequel évoluent mes personnages : comment on vit, comment on s’habille, ce qu’on mange, comment on voyage… Ma documentation est abondante, parfois disparate ou inattendue. Ainsi, j’ai trouvé dans des relevés fiscaux de l’époque des idées de noms et de prénoms pour certains personnages. Pour Le Sortilège du Chat, j’ai travaillé avec un plan du Paris médiéval reconstitué par des chercheurs du CNRS, de façon à utiliser les véritables noms de rues et à rendre plausibles les allées et venues des personnages.
Il y a aussi beaucoup de situations qui, si elles ne sont pas attestées, sont parfaitement vraisemblables sur le plan historique : le mariage forcé de Blanche par ses frères, qui était le lot de nombreuses femmes du Moyen Âge, la fascination du ménestrel Bertoul pour la poésie plus « audacieuse » des troubadours, l’usurpation d’identité (dans Le Chant des loups) à une époque où seuls la parentèle et le sceau l’attestaient…
Vous préparez actuellement la suite du Grimoire au rubis avec une nouvelle trilogie qui nous fait sauter trois cents ans pour nous retrouver au XVIe siècle, en pleine chasse aux sorcières. Où se situe la continuité avec les trois premiers volumes ?
La continuité réside dans le Grimoire lui-même, qui ne se transmet pas d’une façon filiale mais à la personne qui en est le plus digne. Ce beau livre, maintenant un peu plus usé et fatigué, a traversé trois siècles au cours desquels le secret de son contenu s’est perdu. Ce saut dans l’Histoire est un nouveau défi à relever : nous voici au temps des imprimeurs, de l’humanisme, bref, de la Renaissance, mais aussi au temps des astrologues, des devins et des sorcières. Ou plus exactement de la grande chasse aux sorcières, qui durera presque jusqu’au XVIIIe siècle. Il y a là une riche matière à fiction, même si j’essaie de rester très près d’une certaine réalité, car elle est passionnante, terrifiante et mal connue… Le Grimoire au rubis, en traversant ainsi les siècles, me permet d’évoquer à la fois des contextes historiques qui restent vraisemblables, et le fantastique, pour lequel je ne m’impose pas de limites.
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